Sommaire du numéro de 2017

Vers de nouvelles humanités ?

Gilbert Hottois, Transhumanisme et posthumanisme : un essai de clarification,

Au sein de la nébuleuse transhumaniste et posthumaniste, nous distinguons les différents usages de ces deux termes. Le transhumanisme comme philosophie de l’amélioration volontaire de l’individu par des moyens techniques est bien défini. Un premier usage de « posthumanisme » comme quasi synonyme de « transhumanisme » met en évidence que l’amélioration transhumaine indéfiniment poursuivie risque de conduire au posthumain.
Deux autres usages de « posthumanisme » sont à distinguer. L’un est idéologique critique et vise à déconstruire des préjugés attachés aux humanismes traditionnels et modernes. Il invite à repenser le sujet humain (la personne) non à modifier biophysiquement l’individu ou l’espèce. Le second est le post-humanisme autonome qui anticipe des évolutions technologiques (robotique, algorithmique, bio-synthétique, neuromorphique…) rompant avec l’espèce humaine et substituant à celle-ci de nouvelles formes de vie intelligentes. L’annonce d’une singularité technologique en est emblématique. Enfin, nous analysons dans quel sens le transhumanisme peut être compris comme un nouvel humanisme critiquant et enrichissant les humanismes traditionnels et modernes.
Mots-clef : humanisme IA évolutionisme

t. 59, 2017: p. XXVII-XXXIV


René Sève, Le transhumanisme, une utopie utile,


Mots-clef :

t. 59, 2017: p. VII-XXVI


Michel Morange, Le pouvoir des gènes : analyse historique et épistémologique ,

Le chemin vers de Nouvelles Humanités passera-t-il par la modification du génome ? Si la réponse est encore incertaine, il est évident que le pouvoir des gènes est au coeur de nombreuses interro¬gations, de peurs et d’espoirs. Nous montrerons que ce pouvoir des gènes, encore appelé « déterminisme génétique » a connu son apogée au milieu du XXe siècle, puis a perdu, avec la description précise des mécanismes moléculaires par lesquels les gènes exercent leurs effets, sa force et sa simplicité. Mais le « siècle du gène » que fut le XXe siècle a laissé sa marque sur les discours concernant les gènes et les génomes, aujourd’hui en décalage avec la vision scientifique.
Mots-clef : eugénisme génome génétique

t. 59, 2017: p. 3-15


Hervé Chneiweiss, Pour un groupe international d'experts du génome, GIEG, équivalent du GIEC,

Les sciences en général, et les sciences de la vie en particulier, ont un tel impact sur le quotidien des personnes que les scientifiques ont un devoir d’anticipation. Probablement en raison de sa fonction si particulière de support de l’information héréditaire, l’ADN, sa caractérisation, son décryp¬tage, ses modifications, ont été l’objet d’une attention particulière depuis une cinquantaine d’années. C’est de nouveau le cas depuis la découverte puis l’adaptation récente des techniques de modifications ciblées du génome. Des découvertes scientifiques ont lieu chaque jour, elles font rarement la une de l’actualité même si régulièrement des média en manque de sensations fortes nous annoncent une nouvelle révolution. Mais la réalité pratique est rare parce que les découvertes qui amènent à un change¬ment de paradigme sont rares. C’est parce qu’une découverte académique donne rarement lieu à une application technologique et que même si celle-ci est envisagée, le transfert est long, difficile et peu souvent couronné de succès. Il est donc d’autant plus nécessaire aujourd’hui de souligner que c’est à l’une de ces révolutions technologiques que nous assistons avec la nouvelle maîtrise de modifications ciblées du génome grâce au système CRISPR-Cas9 et à ses dérivés. Les enjeux scientifiques et médicaux mais égale¬ment économiques et environnementaux sont énormes. Il convient donc d’évaluer au plus vite le cadre légal, éthique et sociétal permettant de bénéficier au mieux de ces techniques sans en subir les dangers. Seul un cadre international associant une expertise scientifique pluridisciplinaire à la gouvernance est envisageable, c’est donc à la création d’un Groupe International d’Experts du Génome que nous appelons. Pour ce faire une première position de consensus européen a été élaborée et mise en discussion lors de plusieurs colloques internationaux.
Mots-clef : génome biodiversité

t. 59, 2017: p. 17-30


Thomas Bouvet Emmanuel Baud, La brevetabilité des gènes au niveau national et international ,

La brevetabilité du vivant suscite d’importantes questions car elle confronte le droit des brevets à certaines de ses limites comme, la non brevetablité des découvertes, l'interdiction d'appropriation du corps humain et la protection de l'intégrité du génome humain. Le présent article identifie ces limites et d'autres problématiques connexes, dans l'attente d'un article de fond plus complet sur le sujet.
Mots-clef : brevet gène éthique vivant

t. 59, 2017: p. 31-37


Catherine Bourgain, Agir sur les gènes est-ce suffisant ? ,

La génétique est une science qui s’est constituée pour l’action, et dont la légitimité s’est largement construite par l’action, dans des contextes appliqués. Chez l’Homme, l’utilité de ce savoir pour l’action fait pourtant de la résistance. Les projets de modification directe de l’ADN par thérapie génétique se révèlent complexes à maîtriser en dehors de quelques situations particulières. Si la quantifi- cation a priori de l’effet des gènes sur un caractère humain est impossible, une mesure – l’héritabilité – sème le trouble. Développée par les scientifiques eugénistes, elle est le plus souvent utilisée à tort pour justifier de l’importance des gènes. Elle contribue en outre à diffuser l’idée que les effets biologiques héritables et les effets d’environnement agissent de façon indépendante, simplement cumulative, alors même que tous les résultats de recherches en biologie montrent le contraire. De fait, les identifications actuelles de variants génétiques associés aux caractères complexes chez l’Homme, reposent sur un modèle statistique incarnant cette même idée. Leurs difficultés à prédire les traits morphologiques ou les mala- dies complexes reflètent largement cette réduction excessive de complexité. Dans ces conditions, non seulement, agir SUR les gènes ne saurait être une stratégie pouvant être qualifiée de « suffisante », mais la possibilité d’agir AVEC les gènes est elle-même extrêmement fragilisée et doit être regardée au cas par cas, avec le souci de conduire des évaluations coûts/bénéfices rigoureuses, tenant compte des nombreuses externalités sociales de la génétique.
Mots-clef : Fisher thérapie génétique

t. 59, 2017: p. 39-52


Claudine Junien, Plaidoyer pour la prévention,

Les approches pour lutter contre le fléau des maladies chroniques qui augmentent dans le monde entier se révèlent infructueuses et très coûteuses. Il est maintenant possible de corriger les chiffres alarmants et d’envisager une prévention efficace en adoptant le nouveau paradigme des Origines du Développement de la Santé et des Maladies (DOHaD), à condition d’intervenir très tôt en agissant sur le risque et non lorsque la maladie est déjà apparue. Ce concept est largement reconnu grâce à des études épidémiologiques et des études animales. Les influences des facteurs environnementaux – nutrition, stress, psycho-affectifs, toxiques, bactériens et physiques – sur les processus épigénétiques représentent une révolution. En effet, les DMR modifications épigénétiques conservent la mémoire des impacts de facteurs environnementaux auxquels un individu est soumis tout au long de sa vie. Une période cruciale est le développement précoce, pré et postnatal, les 1000 jours ; cruciale parce que l’épigénome est particulièrement sensible aux effets de l’environnement, et aussi parce que l’individu construit son capital santé pour répondre plus ou moins bien aux aléas de la vie. En outre, l’existence de mécanismes non génétiques et non culturels capables de transférer la mémoire des expériences/expositions à des facteurs environnementaux parentaux et qui conditionnent la réactivité des générations suivantes à différents environnements au cours de leur vie suscite un intérêt grandissant. L’idée selon laquelle des marques épigénétiques non effacées lors des phases de reprogrammation est actuellement très en vogue, voire considérée à tort comme acquise malgré la rareté des exemples probants. Cependant, des questions fondamentales subsistent quant à la nature, aux rôles et à l’impact des marques et des mécanismes épigénétiques, des ARN non codants ou d’autres mécanismes et à leur persistance au cours des générations. Un modèle intégrant ces différents systèmes, leurs interactions avec l’environnement et les fenêtres de développement de la sensibilité selon le sexe du parent et de l’enfant reste à construire. Sur la base de la malléabilité des mécanismes épigénétiques sous-jacents, la réversibilité des marques environnementales ouvre de nouvelles perspectives. Cependant, comment les facteurs conférant une susceptibilité accrue ou une résilience vis-à-vis du développement des maladies agissent et influencent les mécanismes épigénétiques reste à élucider. Si la mémoire des expériences/expositions à des facteurs environnemen-taux est effectivement transmissible, le principal défi pour l’individu, et surtout pour les pouvoirs publics, est d’être en mesure d’éviter ceux qui posent des risques pour la descendance. Ces données peuvent déplacer le curseur des responsabilités en matière de soins de santé, de la sphère privée à la sphère socio-géographico-politique.
Mots-clef : prévention environnement génétique

t. 59, 2017: p. 53+65


Alexandre André, Vers des mesures obligatoires pour prévenir les risques ultérieurs et leur coût social ? ,

L'auteur dégage les divers enjeux de la médecine pour le secteur de l'assurance.
Mots-clef : assurance santé prévention

t. 59, 2017: p. 67-74


Françoise D. Roure, Nanosciences et technologies convergentes : quelle économie politique ? ,

L’article procède à un cheminement en quatre étapes : la première traite de la question de la mesure économique des productions nanométriques, dans une dynamique de filière et de convergence multidisciplinaire, champ d’étude de la méso-économie ; la seconde fait référence aux origines de l’approche mercantiliste de l’économie et à ses conséquences sur l’économie politique des matériaux avancés, procédés et services du domaine des nanotechnologies et matériaux avancés manufacturés ; la troisième étape recherchera les points d’appui sur lesquels l’économie politique fait porter ses efforts pour développer la production et les échanges induits par les nanosciences et techniques en s’appuyant sur deux exemples ; la quatrième et dernière étape examine les barrières réelles au développement économique induit par les nanotechnologies, telles que les conflits d’intérêts entre acteurs autour de la question de la traçabilité les ont progressivement révélées dans les dialogues entre parties prenantes.
Mots-clef : nanotechnologie traçabilité fécondation

t. 59, 2017: p. 75-84


Jean-Michel Besnier, Remplacer et doper les organes,

Présentation de la Table Ronde
Mots-clef : organes

t. 59, 2017: p. 85-87


Nathanaël Jarrassé, Membres et organes artificiels : le mythe de la fabrique des surhommes ,

Depuis plusieurs décennies, s’est instaurée « une nouvelle ère » pour le corps, caractérisée par une évolution des pratiques médicales, mais aussi et surtout par le développement de nouvelles utopies. Face aux envahissantes mythologies et agitations idéologiques, l’objectif de cet article est donc de tenter de définir la réalité du « surhomme » d’aujourd’hui et d’analyser quelques-uns des mécanismes idéologiques qui participent à la fabrication de ce mythe.
Mots-clef : surhomme corps santé

t. 59, 2017: p. 89-97


Valérie Lasserre, Quels risques et quelles responsabilités juridiques liés à l’artificialisation du corps ?,

S’interroger sur les risques et les responsabilités juridiques liés à l’artificialisation du corps humain, c’est se demander quel est le rôle du droit pour répondre à ces nouveaux enjeux ? Quel droit de l’artificialisation du corps humain, quel droit de l’hybridation homme-technologie pouvons-nous imaginer eu égard aux risques nouveaux ? Ce serait un droit capable de surveiller la fabrication des dispositifs artificiels, d’éviter les risques, de garantir l’indemnisation des victimes de dysfonctionnements, enfin de protéger la personne humaine. Ainsi, le rôle du droit est de trois ordres : premièrement, contrôler la mise sur le marché des dispositifs médicaux destinés au corps humain ; deuxièmement, protéger les victimes de dispositifs médicaux déficients ; troisièmement et plus généralement, protéger la personne humaine. Ces trois approches juridiques sont complémentaires.
Mots-clef : responsabilité médecine action de groupe

t. 59, 2017: p. 99-123


Pierre-Grégoire Marly, Les transformations de l'assurance par la robotisation ,

Des objets connectés aux choses intelligentes, les artefacts qui assistent ou supplantent l’action humaine invitent l’assureur à réinventer son métier. De fait, ces technologies lui offre de traiter des données massives en fonction desquelles il pourra affiner ses prestations jusqu’à les individualiser, égratignant au passage les canons traditionnels de l’assurance, dont la mutualisation des risques.

L’identification de ces risques est également bousculée par la robotique et ses déclinaisons. À mesure que l’individu abdique son pouvoir de contrôle au profit de machines autonomes, le risque saisi par l’assurance se transforme et se déplace, tout comme évolue en contrepoint le droit de la responsabilité civile.
Mots-clef : assurance big data robot

t. 59, 2017: p. 125-130


Nathalie Nevejans, Comment protéger l’homme face aux robots ?,

La culture judéo-chrétienne poussant l’homme à se méfier de sa créature, la question se pose de savoir comment le protéger contre les robots. Cette protection passe tout d’abord par les règles juridiques susceptibles de s’appliquer en robotique. Aujourd’hui, nous disposons d’un certain nombre d’outils juridiques qui permettent d’ores et déjà de protéger l’homme contre les dangers pour sa santé ou sa sécurité que le robot pourrait présenter. Toutefois, les progrès de la robotique auront une influence considérable sur l’homme et la société. Ainsi, l’examen de la protection de l’homme contre le robot ne saurait évincer la question portant sur les risques éthiques de la machine, pour lesquels le législateur pourrait être beaucoup moins préparé.
Mots-clef : robot transhumanisme

t. 59, 2017: p. 131-163


Puigmal Léa Bensoussan Alain, Le droit des robots ?,

Grâce à la technologie robotique, l’émergence de nouveaux « êtres » est en passe de devenir une réalité. Intelligence artificielle oblige, les robots, ces « machines intelligentes », sont aujourd’hui beaucoup plus que de simples automates : leurs capacités grandissantes les amènent à véritablement colla¬borer avec les hommes. Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Une chose est certaine : les questions d’ordre éthique et juridique sont majeures, et les défis à relever immenses. Bienvenue dans une nouvelle civilisation : la robohumanité.
Mots-clef : IA robot

t. 59, 2017: p. 165-174


Florence Burgat, La personne, une catégorie juridique souple propre à accueillir les animaux,

Face à la division entre les personnes et les choses qui gouverne le droit, quelle est la stratégie argumentative des défenseurs des droits des animaux ? Les droits qu’il est question de reconnaître aux animaux sont des droits fondamentaux et des droits spécifiques. Les « preuves scientifiques » portant sur les compétences cognitives des animaux sont largement mobilisées et tenues pour une caution par certains défenseurs des droits des animaux. Que faut-il en penser ? Il faut en venir à s’interroger sur le concept qui serait le mieux à même de qualifier les animaux dans le droit. Nous montrerons en quoi celui de « personne » présente à la fois l’avantage technique de ne pas bouleverser la division bipartite du droit et l’avantage épistémologique d’être normatif et prescriptif avant d’être descriptif ; point n’est en effet besoin de ressembler à un humain adulte autonome et responsable pour être juridiquement tenu pour une « personne ».
Mots-clef : animal personne catégorie

t. 59, 2017: p. 175-191


Jean-Gabriel Ganascia, Des humanités numériques à la Singularité technologique. Que reste-t-il de l’Humanisme ? ,

Après avoir rappelé ce qu’est la version informatique du trans-humanisme et ses liens à la Singularité technologique, nous développons ici une réflexion sur le futur de l’Humanité, de l’humanisme et des humanités dans le contexte du développement rapide des technologies de l’information. La première partie rappelle les nombreuses annonces publiques qui prédisent une prochaine fin de l’Humanité. Nous analysons ensuite ce que signifie la fin de l’Humanité en distinguant d’abord la fin de l’espèce humaine de la fin de l’existence humaine. La troisième partie étudie la signification d’une fin de l’humanisme, l’humanisme étant compris ici comme une philosophie qui considère que l’être humain est la valeur suprême. La dernière partie traite de la fin des humanités et conclut sur l’émergence d’un humanisme numérique qui donne un nouvel élan aux humanités.
Mots-clef : IA singularité humanité

t. 59, 2017: p. 193-204


Denis Forest, Le téléchargement de l'esprit : plus qu'une expérience de pensée ? ,

Parmi les scénarios proposés par les transhumanistes qui impliquent la survie des personnes au-delà de leur existence biologique, le téléchargement de l’esprit peut être considéré comme le moins extravagant. Dans cet article, j’établis une filiation entre la tradition philosophique des expériences de pensée dérivée de la réflexion de Locke sur l’identité personnelle et la perspective du téléchargement. Cette filiation est particulièrement importante lorsque nous discutons de ce que pourraient être des critères de succès dans un tel contexte et de ce qui est requis par un véritable transfert dans ce type de cas. La défense du téléchargement de l’esprit proposée par Kenneth Hayworth est analysée dans sa relation aux données scientifiques sur lesquelles repose sa justification. Je donne des raisons de douter du bien-fondé de son optimisme en évoquant la recherche en connectomique et en simulation du cerveau.
Mots-clef : identité neurosciences Hayworth

t. 59, 2017: p. 205-213


Isabelle Falque-Perrotin, L'être humain algorithmé, dépassement ou perte de soi ? ,

Vingt-cinq ans après la naissance d’internet, sa promesse initiale, celle d’une augmentation de notre puissance d’agir dans de multiples domaines, est tenue. L’optimisme des débats est pourtant contrebalancé par la conscience croissante que nous sommes aussi les objets d’un univers numérique qui peut véhiculer une vision réductrice de l’homme. Éducation, solutions juridiques mais aussi réflexion éthique et stratégique renouvellées sont nécessaires mettre la puissance du numérique au service de l’homme.
Mots-clef : algorithme IA Europe

t. 59, 2017: p. 215-220


Melissa A. Maalouf, This Is Not Child’s Play The Regulation of Connected Toys in the EU and U.S,

We are living in a connected world where our devices, our home appliances, and even our clothes can capture detailed data about our daily lives. One category of connected devices that has garnered particular attention is that of connected toys aimed at children, our most vulnerable population. How can connected toys be regulated within the existing U.S. and EU privacy frameworks? What additional protections will be needed for these devices to continue to thrive in the U.S. and European markets in a way that provides beneficial learning and developmental opportunities to children while also ensuring a baseline standard of privacy and security?
Mots-clef : jouet connecté internet

t. 59, 2017: p. 221-236


Philippe Baumard, La compromission numérique, nouvelle incrimination principielle ? ,

L’auteur établit le concept nouveau de compromission numérique selon lequel les algorithmes, et les acteurs qui les développent, ne se situent plus dans une logique de réplication de modèles de raisonnement ou de comportement humains, mais dans l’invention de modèles qui changent profondément les environnements physiques et sociaux où ils sont implantés. Dans ce scénario, la compromission numérique affecte le fait social. Uber ou Volskwagen ont créé des algorithmes déloyaux, capables de tromper la vigilance humaine aussi bien que la vigilance machine (des autorités de régula-tion). L’auteur montre que le chemin emprunté est un chemin de compromission sociétale.
Mots-clef : algorithme Uber lanceur d'alerte

t. 59, 2017: p. 237-248


Gilles Saint-Paul, Robots : vers la fin du travail ? ,

L’histoire économique nous enseigne que si le progrès technique ne profite pas à tous les travailleurs lorsqu’il apparaît, à long terme il est le facteur principal de la hausse extraordinaire des salaires et du niveau de vie que l’économie mondiale a connue depuis la révolution industrielle. Pourtant, les progrès de la robotique pourraient bien remettre en question cet optimisme et donner raison aux Cassandre qui prophétisaient la fin du travail. En effet, le champ de ces technologies ne cesse de progres¬ser, au point où la totalité des tâches effectuées par les humains serait robotisable. Si c’est le cas, l’économie et la société en seraient profondément transformées. On considère six scénarios. Dans trois d’entre eux, une classe humaine quasi-oisive se maintient grâce à des transferts prélevés sur la production effectuée par les robots. Ces transferts peuvent s’effectuer à travers l’État-Providence, le clientélisme d’une oligarchie possédant les robots, ou le maintien néo-fordiste d’emplois tertiaires dont la fonction essentielle serait le versement d’un salaire qui permettrait le maintien du pouvoir d’achat. En l’absence de mécanismes redistributifs, on envisage trois autres scénarios. Selon le scénario des rentiers, une classe de propriétaires de robots émerge, suffisamment nombreuse pour s'opposer politiquement à des transferts redistributifs. Selon le scénario malthusien, le salaire tombe au niveau du salaire de subsistance et la population humaine diminue, ne laissant subsister qu’une classe de rentiers vivant de la possession de robots. Selon le scénario virtuel, le salaire de subsistance lui-même baisse considérablement sous l’effet des nouvelles technologies : la population se maintient en dépit des baisses de salaire.
Mots-clef : automation robot travail

t. 59, 2017: p. 249-261


Miroslav Radman, Peut-on raisonnablement espérer l'immortalité ? ,

Partant du constat que l’évolution biologique, qui privilégie les naissances et les disparitions rapides, et l’évolution culturelle, qui exige un temps de vie adulte long, sont en conflit d’intérêts, l’auteur montre les moyens de lutter contre le vieillissement. Toutefois en rappelant que la survie, même prolongée, n’implique pas la valeur de la vie, il pose la question de la finalité et des risques du processus.
Mots-clef : Vieillissement – immortalité – survie

t. 59, 2017: p. 263-271


Pierre-Yves Geoffard, Vivre éternellement, certes. Mais comment ?,

L'article montre que l'allongement de l'espérance de vie en bonne santé pourrait bouleverser le schéma actuel de remplacement des générations et aboutir à une modification profonde de la répartition des activités humaines entre formation, production et loisirs.
Mots-clef : vie éternelle santé

t. 59, 2017: p. 273-275


Lorraine Boris, Bouddhisme et transhumanisme,

Bouddhisme et transhumanisme semblent avoir de nombreux points communs. Des découvertes scientifiques récentes, surtout en matière de neuroscience, semblent confirmer ce que le bouddhisme a découvert et décrit depuis longtemps. Ils ne sont néanmoins pas nécessairement vérita¬blement proches. Le bouddhisme invite à découvrir, pour soi-même, ce que le transhumanisme promet de rendre accessible à chacun par le biais de la technologie, quelles que soient les intentions de l'individu. La confrontation des deux révèle des postulats de base divergents et nous permet de contester certaines affirmations transhumanistes.
Mots-clef : bouddhisme immortalité ego

t. 59, 2017: p. 277-289



Cliquez sur le symbole pdf pour télécharger l'article s'il est en libre accès.