Sommaire du numéro de 1997

Le privé et le public

René Sève, Présentation

Mots-clef :

t. 41, 1997, p. 9-11


Michael Rosano, Vertu privée, moralité publique et la question de l'obligation politique dans le Criton de Platon
Cet article soutient que l'analyse essentielle et globale de la relation problématique entre moralité publique et vertu privée telle qu'elle apparaît dans le Criton de Platon est devenue banale à cause de la tendance à négliger la structure dramatique du dialogue et à accepter dogmatiquement l'opinion que les arguments prêtés par Socrate aux Lois d'Athènes sont les siens. Si l'on regarde attentivement cette pièce, on décèle que les arguments de Socrate visent à persuader Criton et en analysant la relation entre Socrate et Criton, on peut donc voir naître la relation entre moralité publique et vertu privée.
Mots-clef : privé, public, Platon, obligation, moralité, vertu

t. 41, 1997 : p. 13-24


Harvey C. Mansfield, Virilité et libéralisme
L'auteur étudie le rôle de la virilité et des dispositions associées (courage, force d'âme...) dans l'histoire du libéralisme de Hobbes au pragmatisme américain. Il montre qu'en particulier chez Locke cette vertu doit être supposée dans la théorie libérale pour éviter l'envahissement du privé par le public.
Mots-clef : virilité, Hobbes, libéralisme, pragmatisme, Locke, vertu

t. 41, 1997 : p. 25-42


Timothy O'Hagan, Public et privé, hommes et femmes
L'auteur examine d'abord le plaidoyer "libéral" pour le respect de la vie privée, en tant que "droit d'être laissé en paix", la protection d'une zone d'intimité, dans laquelle l'individu peut s'épanouir sans "interférence" extérieure. Il explique ensuite pourquoi les femmes ont eu de bonnes raisons de critiquer ce droit, dans la mesure où il a placé un cordon sanitaire autour de la famille et protégé ainsi le despotisme des hommes sur les femmes au foyer. Il conclut néanmoins, avec Hannah Arendt et Martha Nussbaum, que la bonne réponse à cette injustice historique n'est pas d'attaquer la valeur de l'intimité en tant que telle, mais plutôt d'étendre la protection publique du droit aux individus à l'intérieur de la famille et, par là, de sauvegarder un domaine intime réél et égalitaire pour les hommes comme pour les femmes. Il souligne aussi l'influence de l'évolution des techniques et des lois du marché sur le rôle de la famille et sur la distinction entre les domaines privé et public. Il conclut par une description des diverses évaluations que l'on a pu faire, hier et aujourd'hui, des actes publics et privés puis critique les nouveaux économistes libertaires qui mêlent à tort les plus profondes valeurs du droit au respect de la vie privée et le fonctionnement sans frein de l'économie libérale.
Mots-clef : Arendt, femme, privé, public, libéral, intimité

t. 41, 1997 : p. 43-51


François de Singly, Identité personnelle et identité statutaire dans la sphère privée et la sphère publique
L'auteur distingue deux formes d'identité individuelle : celle de la personne et celle conférée par son ou ses statuts. Il étudie les différentes variations, certaines pathologiques, de ces deux identités.
Mots-clef : identité, personne, statut

t. 41, 1997 : p. 53-64


Catherine Audard, Éthique publique et démocratie
Dans cet article, les problèmes posés par une éthique publique propre à une démocratie constitutionnelle sont examinés. Si la séparation entre le public et le privé est essentielle à la protection de la liberté individuelle, cette distinction doit être compatible avec la juridiction des convictions morales privées dans le domaine politique. L'autonomie du politique fait, en effet, le lit des totalitarismes. Cependant on ne peut pas davantage se résigner à la "tyrannie des préférences" dans le domaine public. En examinant de manière détaillée le concept de raison publique chez John Rawls, on verra comment certaines critiques à l'égard de l'individualisme peuvent être surmontées et comment le forum public, et la société civile, peuvent jouer un rôle de médiation entre l'individu et le citoyen que Rousseau insistait tant pour opposer.
Mots-clef : éthique public, démocratie, liberté individuelle, raison, Rawls

t. 41, 1997 : p. 65-81


Albert Rigaudière, Pratique politique et droit public dans la France des 14e et 15e siècles
L'apport, pourtant si essentiel, de la doctrine savante des 12e et 13e siècles ne pouvait, à lui seul, permettre de dégager la notion d'un droit public appelé à devenir lentement autonome. Les idées et concepts du droit romain retrouvé, passés au crible par les romanistes, aménagés par les canonistes et revus par la scolastique, ne constituaient que des éléments épars. Coupés du système qui les avait vu naître, ils ne pouvaient retrouver d'unité qu'à partir du moment où ils seraient à nouveau intégrés dans un ensemble fonctionnel et opératoire. Tel fut le rôle dévolu, dès la fin du 12e siècle, au souverain, à ses administrateurs et à ses juges. Tous acteurs d'une pratique politique nouvelle, ils arrachent lentement l'État naissant à la sphère du droit privé pour soumettre, tout au long des 14e et 15e siècles, corona, dignitas et constitutio à un statut de droit public, tandis que son administration relève progressivement d'un régime exorbitant du droit commun, qu'il s'agisse de ses universitates, de ses agents ou de ses biens.
Mots-clef : politique, public, histoire, France

t. 41, 1997 : p. 83-113


Franco Fardella, Le dogme de la souveraineté de l'État. Un bilan
Un aperçu historique de la notion de souveraineté depuis Bodin permet de mettre en avant le concept de personnalité de l'État. Avec Kelsen, le concept est dissous et exclu de la problématique juridique. Mais il semble que la souveraineté soit le signe distinctif de l'État qui en assure l'unité. D'où un double décalage : de la souveraineté par rapport à l'ordre juridique, et de l'État par rapport à la théorie normativiste. L'État est bien une personne, mais une personne réelle avant d'être une personne juridique. Il ne peut donc être pensé sans recourir à la sociologie. En conclusion, la personnalité réelle de l'État, et de l'État de droit lui-même, se voit définie par des processus d'intégration systémique.
Mots-clef : souveraineté, état, Bodin, Kelsen

t. 41, 1997 : p. 115-133


Roland Drago, Marie-Anne Frison-Roche, Mystères et mirages des dualités des ordres de juridictions et de la justice administrative
Le principe de dualité des ordres de juridictions est le socle apparent de la distinction du droit public et du droit privé, qu'il conforte, voire constitue. Cependant, cette vision d'une répartition première et simple des contentieux est inexacte, en ce que le juge judiciaire applique régulièrement le droit administratif et que le juge administratif exerce désormais des activités répressives. En outre, l'organisation sociale actuelle, l'affaiblissement de la figure de l'État, l'importance des objets techniques, le phénomène de mondialisation, etc. militent tout à la fois pour le maintien et l'accroissement des juges spécialisés, tel le juge administratif, mais l'unicité d'un ordre juridictionnel, articulant ces particularités.
Mots-clef : justice administration, dualité, répression, mondialisation

t. 41, 1997 : p. 135-147


Daniel Cohen, Justice publique et justice privée
Notion de justice. Définitions justice publique, justice privée. Place et diversité de la justice privée. Dualisme ou unité de la justice publique et de la justice privée ? I. Dissemblances. A. - Rapports d'antagonisme. B. - Raisons historiques. C. - Origines différentes de la fonction juridictionnelle exercée. II. - Convergences. A. - Influence du privé sur la justice publique. B. - Influence du public sur la justice privée. C. - Perspectives communes. Juridicité. Finalité poursuivie.
Mots-clef : justice privée, public

t. 41, 1997 : p. 149-162


Bernard Beignier, Vie privée et vie publique
La vie privée n'est-elle que l'opposé de la vie publique ? Mais alors il faudrait savoir si la vie privée doit se définir par rapport à celle-ci ou bien s'il faut raisonner inversement. Où est le principal et l'accessoire ? Mais y a-t-il, ici, principal et accessoire ? Chercher à dissocier le privé du public en l'opposant est donc vain. La vie privée est plus certainement le devoir de respecter la tranquillité et la sérénité de vie d'autrui. Mais dès lors que l'on veut retenir la notion d'un droit subjectif, d'un "droit à la vie privée", celle-ci prend une toute autre envergure. C'est une revendication à pouvoir "vivre sa vie". Il ne s'agit plus d'imposer aux autres un devoir minimum de respecter son individualité mais de se fonder sur celle-ci pour opposer à la société son choix de vie. Tradition latine et tradition américaine sont ici confrontées.
Mots-clef : vie privée, publique

t. 41, 1997 : p. 163-180


Gérard Lyon-Caen, Un droit sans papiers d'identité
L'entreprise, entre le marché et le néo-corporatisme (participation - paritarisme). Le salarié de la subordination au collectif. L'État utilise le droit du travail retourné en droit de l'emploi dans son action contre le chômage. L'échec de la méthode, malgré la flexibilité de la réglementation et les aides.
Mots-clef : salarié, entreprise, état, emploi, corporatisme

t. 41, 1997 : p. 181-190


Jacques-Henri Robert, La dépénalisation
L'histoire du droit pénal depuis 1791 montre que les matières qu'il a marquées de son empreinte ne s'en débarrassent jamais complètement, alors pourtant que le législateur a cru y introduire une dépénalisation. Mais sous cette observation générale, on doit distinguer deux phénomènes bien distincts. a) Lorsque certaines incriminations sont abolies au profit de l'instauration de nouvelles libertés, dans le domaine des moeurs ou des relations de travail par exemple, une partie de la société rejette ces progrès. On assiste alors, après un temps plus ou moins long, à une réapparition du droit pénal, mais dirigé contre les personnes qui sont hostiles à l'extension des libertés. Ainsi, après la dépénalisation de l'adultère et de l'homosexualité, furent promulguées des lois qui réprimaient les personnes coupables de discriminations fondées sur la situation de famille ou sur les moeurs. b) La dépénalisation s'observe encore lorsque le législateur est découragé par une délinquance de masse (les chèques sans provision), ou lorsqu'il veut instaurer une discipline trop fine pour pouvoir s'exprimer dans les catégories rigides des qualifications pénales (la concurrence, les marchés financiers). En ce cas, la répression pénale s'efface au profit de sanctions administratives, mais parfois au préjudice des droits de la défense ou de la prévisibilité de la norme.
Mots-clef : pénal, répression, liberté

t. 41, 1997 : p. 191-198


Michael Köhler, Le droit pénal entre public et privé
On pourrait exprimer l'hypothèse critique que le droit privé et le droit public de la société civile ne se distinguent pas quant à leur contenu conceptuel, mais seulement quant à leur forme. Le droit privé des personnes libres en communauté et en société se développe dans les systèmes de la justice rétributive, commutative, distributive, dont la forme légale et générale est le droit public, tandis que le droit constitutionnel comprend l'organisation de l'État politique. Le droit pénal concerne la communauté constitutionnelle en sa substantialité, parce que le crime nie "le droit comme droit". Pour cela, le droit pénal est droit public auprès du droit constitutionnel - l'alternative légale à l'état de nature négative. D'une part, ainsi le droit pénal est strictement nécessaire. En général on ne pourrait pas le remplacer par des dommages et intérêts : aussi, il n'est qu'une spécialité du droit de police. D'autre part, il représente un rapport de droit qui, catégoriquement, inclut le délinquant comme constituant autonome du droit. Par là, le droit pénal est tout à fait différent de la vengeance privée qui désigne aussi bien dans la forme "d'état" de la simple répression, l'illégalité même de l'état de nature négative.
Mots-clef : pénal, privé, public, constitution, état de nature

t. 41, 1997 : p. 199-206


Horatia Muir-Watt, Droit public et droit privé dans les rapports internationaux (Vers la publicisation des conflits de lois ?)
L'historique du droit international privé démontre que cette discipline évolue selon un mouvement cyclique , celui-ci affecte également la part respectivement occupée, parmi les fondements de la théorie du conflit de lois, par des considérations tenant soit à la protection d'intérêts étatiques, soit à la recherche d'une justice propre aux rapports privés. C'est ainsi que cette théorie a pris un tournant résolument privatiste vers le milieu de ce siècle. Mais divers signes annoncent déjà que l'incidence de considérations tenant au droit public tend actuellement à s'accroître, pour modifier à nouveau la physionomie du droit international privé.
Mots-clef : international, privé, public

t. 41, 1997 : p. 207-214


Jean Clam, Qu'est-ce qu'un bien public ? Une enquête sur le sens et l'ampleur de la socialisation de l'utilité dans les sociétés complexes
L'article part du débat sur la privatisation, analyse la conception du bien public dans la tradition administrative française et en montre les insuffisances. Il examine ensuite les tentatives de revitalisation d'une éthique du service public et conclue, au terme d'une revue des conditions sociologiques, à l'inanité du projet. L'auteur essaie alors d'esquisser, partant des analyses descriptives de la Public Choice School, la théorie d'une socialisation de l'utilité, laquelle remet en question la pertinence de la notion de privatisation. En élargissant ainsi le cadre théorique de l'enquête, l'auteur montre la nécessité d'une refonte des concepts fondamentaux (de marché, de régulation, de privauté...) et de leurs distinctions directrices.
Mots-clef : bien public, socialisation utilité, privatisation, Public choice School

t. 41, 1997 : p. 215-265


Christian Mouly, Propriété publique, propriété privée et justice
L'opposition entre propriété privée et propriété publique est ancienne. Elle est aujourd'hui renouvelée par un déplacement des arguments de leur efficacité vers leur justice. En dépit de l'attraction qu'exerce la propriété publique pour tenter d'atteindre le mirage de la justice sociale (tentative qui ne pouvait être qu'infructueuse en raison de ses bases théoriques et pratiques), l'expérimentation et la théorie démontrent la plus grande justice de la propriété privée fondée sur ses modes de mise en oeuvre et non son résultat ou ses conséquences (sens procédural de la justice d'une institution juridique), bien que de surcroît, parce qu'elle est juste, elle réduit mieux les misères humaines, spécialement celles des plus pauvres. Comparaison et raisons de sa justice supérieure sont fournies par l'histoire (I), l'économie (II), la morale (III), ce qui conduit à une recherche des critères permettant de distinguer propriété publique de propriété privée (IV). Le débat clos sur la plus grande justice de la propriété privée peut trouver une issue dans l'application (et la justification) du principe de subsidiarité, incorporé dans le Traité des CE, qui laisse à la moins efficiente et moins juste propriété publique peu de domaines, et pour certains d'eux seulement pour une période transitoire.
Mots-clef : propriété publique, privé, justice

t. 41, 1997 : p. 267-291


Laurent Richer, Service public et intérêt privé
Le postulat d'une différence de nature entre l'intérêt public et l'intérêt privé est à la base du droit public. Pourtant, est également à l'oeuvre dans ce droit une conception "smithienn ", selon laquelle la libre poursuite des intérêts individuels est la forme la plus achevée de l'intérêt général. Cette tension peut déboucher, paradoxalement, sur une revalorisation de l'idée de fonction essentielle de l'État.
Mots-clef : service public, intérêt privé, Smith

t. 41, 1997 : p. 293 -300


Antoine Winckler, Public et privé : l'absence de préjugé
Le présent article analyse les effets de l'application du droit européen sur la séparation des sphères publiques et privées. De façon très spectaculaire, ce droit a abouti à la fois à limiter très nettement la souveraineté des États sur leurs services publics et des acteurs économiques privés sur leurs droits de propriété. La logique du marché et de l'intérêt économique général prime désormais sur l'autonomie des personnes publiques ou privées.
Mots-clef : public, privé, préjugé, souveraineté

t. 41, 1997 : p. 301-316


Dominique Bureau, La réglementation de l'économie
Les évolutions contemporaines de la réglementation de l'économie témoignent - sous une forme pour le moins actuelle - de la diversité des relations qu'entretiennent en ce domaine le public et le privé. Elles se manifestent tout d'abord par une sorte de déplacement des frontières, comme en attestent maints exemples , le mouvement demeure cependant d'interprétation délicate, en raison notamment de l'hétérogénéité de ses manifestations et de l'ampleur de ses incidences. En d'autres hypothèses, la relation s'exprime sous forme d'un dépassement des frontières, traduisant, ici comme ailleurs, un véritable brouillage des catégories traditionnellement retenues par la dogmatique juridique.
Mots-clef : économie, réglementation, dogmatique, public, privé

t. 41, 1997 : p. 317-340


Jean Hilaire, Une histoire du concept d'entreprise
Il manque en droit français une définition très générale de l'entreprise, valable en toute circonstance ou dans tous les cas. Au contraire l'entreprise y apparaît assez floue et, en quelque sorte, à géométrie variable suivant qu'elle est considérée au regard de telle ou telle branche du droit. Cela vient d'une tradition très ancienne chez le législateur qui assimilait l'entreprise à l'entrepreneur et se bornait encore en 1807 dans le code de commerce à étudier distinctement les personnes et les biens du droit commercial sans établir de lien organique entre moyens humains et moyens matériels de l'entreprise. Mais sans jamais donner de définition globale, le législateur a été amené depuis un demi-siècle à personnaliser l'entreprise dans divers domaines. La réalité économique de l'entreprise ne serait-elle pas alors en train de triompher des rigidités de la tradition juridique française en franchissant en tant que telle le seuil juridique ?
Mots-clef : entreprise, histoire

t. 41, 1997 : p. 341-354


Bernard Teyssié, L'entreprise et le droit du travail
Le droit du travail est confronté à une entreprise dont le dessein a été initialement fixé par d'autres que lui. S'il le perçoit comme un frein à son épanouissement, il s'attachera à le briser pour imposer son propre schéma. N'hésitant pas à ignorer ou neutraliser les frontières tracées par le droit des sociétés, il privilégie une conception souple de l'entreprise, à la recherche de l'essentiel : une activité économique, une communauté d'hommes. Mais de cette entité, il entend imposer une organisation qui, au service de l'objectif de participation, risque d'être source de rigidités perçues comme autant d'obstacles à sa gestion. Cependant, après avoir été d'abord un "droit du salarié" (les normes formulées l'étant surtout en vue de contribuer à l'accroissement de sa protection ou à l'amélioration de sa participation à la gestion, aux résultats ou au capital de l'entreprise), le droit du travail français tend à devenir aujourd'hui un "droit de l'entreprise" prenant en compte, sans renier ses préoccupations premières (et même en leur donnant de nouvelles applications), les préoccupations et exigences de celle-ci qu'elles intéressent ses modes de gestion ou d'organisation. Il est vrai que l'entreprise dispose de moyens de pression qui lui permettent d'obtenir satisfaction de ses revendications, singulièrement dans un pays où les chômeurs se comptent par millions : la menace de procéder à des suppressions massives d'emplois par accélération des processus d'automatisation ou de délocalisation ne saurait être prise à la légère. Sans compter qu'en un temps où disparaissent peu à peu les formes d'activité industrielle utilisatrices d'un nombre élevé de travailleurs, une entreprise peut fonctionner sans salarié (en recourant, pour les tâches qui ne sont pas accomplies par des automates, à des sous-traitants, des intérimaires, des mandataires...) alors qu'un salarié sans entreprise n'est guère concevable.
Mots-clef : entreprise, droit du travail, salarié

t. 41, 1997 : p. 355-385


Émile Lévy, L'économiste de la Santé face à la distinction public-privé
Dans cet article, l'auteur s'interroge sur la pertinence de la distinction public-privé dans le domaine de la santé. Si elle paraît utile à un premier niveau de description du système, il apparaît très vite que l'analyse requiert que l'on fasse appel aux logiques qui président aux fonctionnements des organisations, aux types de relations (marchandes ou non) qu'elles entretiennent avec leur environnement, à leur mode de financement et aux modes de contrôles auxquels elles sont soumises. La constitution de formes mixtes, dont on ne sait plus dire si elles sont publiques ou privées en France et surtout à l'étranger (Royaume-Uni, États-Unis, etc.) pourrait signifier sinon le dépérissement de la frontière entre le public et le privé, du moins le nouveau positionnement de l'État par rapport aux opérateurs dans le champ de la santé.
Mots-clef : économie, santé, public, privé

t. 41, 1997 : p. 387-393


Françoise Benhamou, Statut et financement du secteur culturel. Un état des débats
Les arguments qui ont prévalu chez les économistes afin de définir le bien-fondé d'une intervention publique en matière culturelle les ont amenés à une critique virulente du fonctionnement des institutions, qui a trouvé un relais dans des travaux historiques, ou dans des publications plus polémiques, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Est-ce à dire qu'un consensus se dégage en faveur d'un retour au marché ?
Mots-clef : culture, public, marché

t. 41, 1997 : p. 395-404


Roger Fauroux, Sur quelques aspects de l'éducation publique

Mots-clef : education

t. 41, 1997 : p. 405-410


Etudes

Roger D. Masters, Machiavel, Léonard de Vinci et l'émergence de la modernité
Les chercheurs disputent depuis longtemps pour savoir si Machiavel est le "premier moderne", le chef de file du "républicanisme classique" ou un penseur laïc dans une perspective médiévale ou pré-moderne. Les rapports personnels entre Léonard de Vinci et Machiavel, dont les théoriciens politiques sont généralement inconscients, permettent de mieux comprendre le rôle de Machiavel dans la transition vers la modernité. La conception vincinienne d'une science de la nature et les possibilités qu'elle ouvrait aux innovations technologiques ont représenté un grand pas dans le passage de la philosophie antique ou médiévale à la science naturelle moderne. Après avoir été l'ingénieur militaire de Ludovic Sforza (1483-1500) puis de César Borgia (1502-1503), Vinci est rentré à Florence en 1503. Machiavel, qui l'avait apparemment rencontré en 1502, s'est assuré son aide technique pour diriger le cours de l'Arno afin de vaincre Pise , l'auteur du Prince semble aussi être lié à la commande du tableau de la Bataille d'Anghiari et il s'est arrangé pour que Vinci dirige une mission technique à Piombino en 1504. Les textes prouvent que Machiavel a été nettement influencé par ces expériences, ce qui suggère une réponse plausible aux controverses sur la "modernité" de Machiavel. La différence entre les approches des mathématiques et de la physique par Vinci puis par Galilée ou Newton illustre particulièrement bien les étapes ultérieurement nécessaires pour le développement complet d'une approche moderne de la politique comme celle de Hobbes ou Locke dans la tradition anglo-saxonne, ou de Descartes et des "philosophes" sur le continent.
Mots-clef : Machiavel, Vinci, modernité

t. 41, 1997 : p. 413-443


Véronique Michel, La coutume dans le De Legibus ac Deo Legislatore de Francisco Suarez
Introduction. I - La forme de la coutume. A. La forme extrinsèque de la coutume , B. La forme intrinsèque de la coutume , II - Les effets de la coutume. A. L'effet obligatoire de la coutume , B. L'effet de la coutume par rapport aux autres lois. Conclusion.
Mots-clef : coutume, Suarez

t. 41, 1997 : p. 445-470


André Doremus, La Philosophie de Schopenhauer selon Carl Schmitt

Mots-clef : Schopenhauer, Schmitt

t. 41, 1997 : p. 471-481


Compte rendu

Pierre Caye, Solange Vergnières, Éthique et Politique chez Aristote

Jean Clam, Friedrich Battenberg, Herrschaft und Verfahren : Politische Prozesse im mittel-alterlichen Römisch-Deutschen Reich

Pierre Caye, Yves Charles Zarka, Hobbes et la pensée politique moderne

Pierre Caye, Pierre-François Moreau, Spinoza. L’expérience et l’éternité

Gérard Guyon, Francisco Canals Vidal, La tradición catalana en el siglo XVIII ante el absolutismo y la ilustración

Jean Clam, Friedrich Carl von Savigny, « Vorlesungen über juristische Methodologie » et « Pandektenvorlesungen 1824-25 »

Jean Clam, Dieter Nörr, « Savignys philosophische Lehrjahre : Ein Versuch »

Jean-Marc Trigeaud, Michele Cascavilla, Colpa e infelicità. Giustizia e pena in Rosmini

Jean Clam, Eric Voegelin, Alfred Schütz, Leo Strauss und Aron Gurwitsch, Briefwechsel über « Die Neue Wissenschaft der Politik »

Cécile Cosculuela, Curtis L. Handock et Anthony O. Simon (eds.), Freedom, Virtue and the Common Good

Jean-Marc Trigeaud, Katsuhisa Izuka, La découverte des philosophies françaises de l’histoire

Michael Walz, Michael Stolleis (éd.), Juristen. Ein biographisches Lexikon. Von der Antike bis zum 20. Jahrhundert

Gérard Guyon, Donald C. Abel, Theories of Human Nature. Classical and Contemporary Reading

Gérard Guyon, Robert C. Solomon, Kathleen M. Higgins (éds.), World Philosophy. A Text With Rea-ding

André Laingui, Christian Debuyst, Françoise Digneffe, Jean-Michel Labadie, Alvaro P. Pires, Histoire du savoir sur le crime et la peine

André Laingui, Hugues Lagrange, La civilité à l’épreuve, crime et sentiment d’insécurité

François Vallançon, Stamatios Tzitzis, La philosophie pénale

Denis Pohé-Topka, Miguel Ayuso Torres, La Filosofía jurídica y política de Francisco Elias de Tejada

Pierre Caye, Pier Paolo Ottonello, Sciacca. La rinascita dell’Occidente

François Terré, Jean Carbonnier, Droit et passion du droit sous la Ve République

Virginie Lhuillier, Neil Mac Cormick, Raisonnement juridique et théorie du droit

Philippe Jestaz, Éric Millard, Famille et droit public, Recherches sur la construction d’un objet juri-dique

Gérard Guyon, Danilo Castellano, Luigi Bagolini et al., La decadenza della republica e l’assenza del politico

Jean Clam, Helmut Willke, Ironie des Staates : Grundlinien einer Staatstheorie poly-zentrischer Gesellschaft

Jacques Dagory, Luigi Bagolini, Justice et société

Pierre-Yves Gautier, Les médias entre droit et pouvoir - Redéfinir la liberté de la presse, ouvrage collectif sous la dir. G. Haarscher et B. Libois

Nicolas Molfessis, Français juridique et science du droit,

Jean-Marc Trigeaud, Roman A. Tokarczyk, Filozofia prawa w perspektywie prawa natury

Cécile Cosculuela, Miguel Reale, Paradigmas da cultura contemporânea

Denis Pohé-Topka, Justicia, solidaridad, paz, Études en hommage au professeur Jose Maria Rojo Sanz

Alexandre Zabalza, Carlos I. Massini Correas, La falacia de la falacia naturalist

Alexandre Zabalza, Juan Bechmans Vallet De Goytisolo, Panoràmica general de la interpretacion juri-dica

Alexandre Zabalza, Andrés Ollero-Tassara, Derecho a la vida y derecho a la muerte

Stamatios Tzitzis, La Certezza del Diritto. Un Valore da Ritrovare

Stamatios Tzitzis, L’Europa tra Autonomie e Integrazione, sous la direction D. Castellano

Stamatios Tzitzis, Esperienza Giuridica e Secolarizzazione, sous la direction de D. Castellano et G. Cordini

Stamatios Tzitzis, Maria da Conceição Ferreira da Cunha, Constituiçâo e Crime. Uma Perspectiva da Criminalizaçâo, e da Descriminalizaçâo

Stamatios Tzitzis, P. Ferreira da Cunha, Peço Justiça !, et Para uma História Constitucional do Direito Portughues

Texte

Niklas Luhmann, Capitalisme et utopie
L’union des deux thèmes hétérogènes « capitalisme » et « utopie », provient d’une description des conséquences d’une différenciation fonctionnelle du système de la société. Si par « capitalisme » on entend la description d’une société possédant un système économique différencié et autonome quant à ses opérations, la question est de savoir comment le système politique peut coexister à côté de lui. Par l’utopie. L’utopie politique, qui permet d’assurer la coexistence des deux systèmes, se nomme « économie sociale de marché ». Mais cette utopie n’est plus définie comme modèle idéal permettant une critique de la société actuelle, c’est une composante de l’autodescription du système, une forme de réplication, dans le système politique lui-même, du caractère non maîtrisable de la société.
Mots-clef : capitalisme, utopie

t. 41, 1997, p. 483-492



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